Le café de Manses, une histoire de femmes

Installées autour de la table avec un café fumant entre les mains, chacune d’entre elles se remémore une époque révolue, se questionnent pour savoir si l’autre se souvient. « Tante Aurélie est arrivée du Havre après avoir perdu son mari, un marin. Etant veuve d’un militaire, elle a obtenu le droit de tenir un café qui faisait également office de bureau  de tabac, d’épicerie, de mercerie, et de  restaurant. Oh ! Il n’y avait pas grand-chose mais c’était l’essentiel, des pâtes, du sucre, etc.… Puis c’est la grand-mère qui a repris le café pour le laisser enfin à maman pendant la seconde guerre mondiale. A l’époque, il n’y avait pas d’argent, les hommes travaillaient aux champs ce qui permettait de renflouer. Le café ne rapportait pas grand chose. Les gens payaient à crédit et les hommes venaient surtout pour jouer aux cartes et ne consommaient pas grand chose. En fait, les affaires ont bien tourné pendant la guerre avec les pensionnaires et les allemands qui campaient à la Mondonne. Après la guerre, ce sont les ouvriers de l’exploitation forestière de la forêt de la Belène qui venaient manger au café. Le restaurant se situait à l’étage. Les gens se retrouvaient autour de la potée aux choux ou le fameux ragoût ». (Silence)

Il semble que le temps vient de s’arrêter pour se retrouver comme par le passé autour d’un verre de vin chaud avec l’oncle d’Adrien Pesteil  jouant  à la belote à coté...

« Il y avait un autre café à l’époque qui se situait en haut du village. Il était tenu par Madame Gouze. C’est vrai qu’en 1910 Manses comptait 700 habitants. Il a fermé au début des années 40. Le nôtre a fermé dix ans après. »

A 90 ans, Elise BARDOU vit toujours à Manses. Après sa tante, puis sa mère, elle a tenu le café d’en bas de Manses mais ses souvenirs deviennent flous, effaçant si on n’y  prend pas garde, un bout d’histoire locale. Le café d’en bas était bien une histoire de femme et il le reste puisque Yvette et Renée sont les dernières dans la famille à détenir la clé de nombreuses anecdoctes.